Sur l'équation tan(x)=x, x réel.
On va donner ici deux preuves, complétes, du
fait que la somme S des carrés des inverses des solutions positives de
l'équation tan(x)=x est égale à 1/10.
- l'une de ces preuves utilisera le théorème des résidus : voir
[9] ci-dessous
- l'autre utilisera le théorème de Sturm-Liouville (relatif à l'équation
différentielle y''-q(x)y=f(x)) et la théorie des opérateurs (linéaires)
auto-adjoints : voir
le [11] ci-dessous
Par ailleurs on présentera deux généralisation du problème :
- l'une en considérant l'équation tan(x)=ux : voir
le [10] ci-dessous où on montre que la somme des carrés des inverses
des solutions positives de l'équation tan(x)=ux, lorsque u≤0 ou
u>1 est (3u-1)/(6(u-1)) ; cela servira pour établir le [11].
- l'autre en considérant toujours l'équation tan(x)=x, mais en envisageant
d'autres sommes relatives à ses solutions positives (par exemple la somme des
puissances 10 des inverses des solutions positives de l'équation
tan(x)=x est égale à 59/197071875) voir
le [12] ci-dessous.
[ 1 ]
Une simple représentation graphique, permet de voir tout de suite,
que
pour tout entier n≥1, l'équation tan(x)=x, notée (E), admet une seule
solution dans ]nπ;(n+1/2)π[,
solution qui sera notée xn.
Bien entendu, une justification
rigoureuse consiste à remarquer que f : x->f(x)=tan(x)-x est strictement
croissante sur ](n-1/2)π;(n+1/2)π[ et que les limites aux bornes sont -∞ et +∞, et donc (
valeurs intermédiaires), l'équation f(x)=0 adment une et une seule solution dans
](n-1/2)π;(n+1/2)π[, et comme
f(nπ)=-nπ, cette unique
solution est en fait dans ]nπ;(n+1/2)π[.
L'ensemble de ces xn est
l'ensemble des solutions réelles positives de (E).
| n |
xn |
(n+1/2)π |
| 1 |
4,493... |
4,712... |
| 2 |
7,725... |
7,851... |
| 3 |
10,904... |
10,995... |
| 4 |
14,066... |
14,137... |
[ 2 ]
xn=nπ+∫ 0 x_n 1/(1+t2)dt=nπ+arctan(xn) ;
limn->+∞ xn-(n+1/2)π=0 ;
xn est équivalent à (n+1/2)π .
xn-nπ est dans ]0;π/2[ qui est inclu dans ]-π/2;π/2[, et comme
tan(xn-nπ)=xn, c'est que
arctan(xn)=xn-nπ, ce qui donne le
premier résultat puisque arctan(x)=∫ 0 x 1/(1+t2)dt.
Comme limn->+∞ xn=+∞ ( nπ<xn) et que limx->+∞
arctan(x)=π/2, limn->+∞
xn-nπ =π/2, ce qui
donne le 2ième résultat.
Enfin, comme xn est dans ]nπ;(n+1/2)π[, 1< (n+1/2)π/xn<1+1/(2n), donc (n+1/2)π/xn tend vers 1, c'est-à-dire xn et
(n+1/2)π sont équivalents lorsque n tend vers +∞.
[ 3 ]
Pour tout n&;1, on pose an=(n+1/2)π.
On vient de voir que limn->+∞
xn-an=0 : on va préciser de quelle façon cette différence
tend vers 0.
Pour tout n≥1, 0<
an-xn<1/(nπ)
Il
existe une suite, indépendante de n, (c2i+1)i≥0, telle que
pour tout entier naturel n≥1
- xn=an-∑i=0+∞c2i+1/an2i+1
: c'est le développement en série entière, en 1/an, de
xn-an.
Remarque : le rayon de convergence
de la série entière
∑i=0+∞c2i+1z2i+1 est supérieur ou
égal à 1/a1, puisqu'il y a convergence pour cette valeur.
et aussi, pour tout entier naturel k, :
xn=an-c1/an-c3/(an3)-...-c2k+1/an2k+1-e/an2k+1
avec limn->+∞ e=0.
c1=1 ; c3=2/3 ; c5=13/15 ;
c7=146/105 ; c9=781/315 ;
Remarque 1 : on peut peut vérifier que le résultat ci-dessus est bien
vrai pour n=1 :
- x1=4,493409...
- a1=4,712...
- a1-1/a1=4,500...
- a1-1/a1-2/(3a13)=4,4938...
- a1-1/a1-2/(3a13)-13/(15a15)=4,4934...
Remarque 2 : en fait, dès n=3, on peut vérifier que
an-1/an est déjà une "bonne" approximation de
xn.
Preuve.
Cf le [2], an=xn-arctan(xn)+π/2.
Mais on sait que pour tout u>0,
arctan(u)+arctan(1/u)=π/2, donc
an=xn+arctan(1/xn), et comme
|1/xn|<1, on peut développer en série entière de 1/xn
l'arctan (le développement de arctan(x) est à facile à obtenir par dérivation,
puis série géométrique, puis intégration), ce qui donne
an=xn+1/xn-1/(3xn3)+1/(5xn5)-1/(7xn7)....
Le problème est bien sûr "d'inverser" ce développement.
Notons tout de
suite que la série étant alternée,
|an-xn|≤1/xn<1/(nπ), soit 0< an-xn<1/(nπ).
Posons t=(an-xn)/an : t est dans ]0;1[.
t=arctan(1/xn)/an~(1/xn)/an~(1/an)/an,
et donc tan2~1 (le symbole ~ signifie équivalent pour n
tendant vers +∞).
Cela veut donc dire que
tan2=1+e, avec limn->+∞ e=0.
Et ainsi xn=an-1/an-e/an,
avec limn->+∞ e=0, ce qui donne les deux premiers termes
du développement de xn.
Mais, si cette idée, (utilisation de l'arctan) permet un calcul des
coefficients (voir remarque à la fin de la preuve) elle ne permet pas de prouver
la convergence de la série (du moins, je n'y arrive pas).
On va donc envisager une autre approche pour prouver l'existence d'un
développement en série : pour cela on va utiliser une formule d'inversion de
Lagrange
Posons dn=an-xn, dans ]0;π/2[ ; tan(xn)=xn donne tan(π/2-dn)=an-dn, soit
dn+cotg(dn)=an,
ou encore
1/(dn+cotg(dn))=1/an et ainsi
f(dn)=1/an, avec f(z)=sin(z)/(zsin(z)+cos(z)).
- f est holomorphe dans le disque ouvert D(0,r) avec r=π/2 (car zsin(z)+cos(z) ne s'annulle pas sur ce disque :
voir preuve à la remarque du [8])
- 0 est le seul zéro de f dans D(0,π/2), puisque
f(z)=0 équivaut à z=kπ
- il est simple, car f'(0)≠0 (vérification laissée au lecteur)
On peut alors appliquer la formule d'inversion de Lagrange suivante :
1) il existe a et b tels que 0<a<r, 0<b et pour tout z tel que
|z|=a alors |f(z)|≥b,
2) pour tout w tel que |w|<b, l'équation f(z)=w a
une et une seule solution Z(w) dans le disque ouvert D(0,a)
3)Z(w)=∑i=1+∞ckwk,
avec
kck égal au coefficient de zk-1 dans le développement en
série de (z/f(z))k.
Remarque : quoique f(0)=0, z/f(z) admet
un prolongement holomorphe en 0 car la limite en 0 de z/f(z) est 1/f'(0).
Précisons a et b.
z/f(z)=z2+zcot(z).
Or
zcot(z)=∑i=0+∞(-4)nB2nz2n/(2n)!,
où les B2n sont les nombres de Bernoulli (E73, dossier 15),
et ainsi
z/f(z)=1+2z2/3-z4/45-2z6/945-..., le rayon de
convergence étant π.
D'où pour |z|<0,7,
|z/f(z)|<1+2×49/3+(0,7)4(1+0,72+0,74+...)<1,8,
et donc pour |z|=0,69, |f(z)|>0,69/1,8>0,38 : on peut prendre a=0,69 et
b=0,38. On remarquera que a est bien inférieur à r=π/2.
Comme 1/an≤1/a1<0,38, pour
tout n≥1, l'équation f(z)=1/an a une et une seule solution
Z(1/an) dans D(0,a).
Or dn est aussi une solution de
cette équation dans D(0,a) puisque|dn|<1/(nπ)≤1/π<a=0,69 et donc
dn=Z(1/an).
D'où
dn=∑i=1+∞ck(1/an)k,
soit
xn=an-∑i=1+∞ck(1/an)k,
avec kck=le coefficient de zk-1 dans le développement en
série entière (dse) de
(z/f(z))k=(z2+zcot(z))k=(1+2z2/3-z4/45-2z6/945...)k.
- z/f(z) étant paire, c2k=0.
- c1 est le coefficient de z0 dans le dse de z/f(z),
donc c1=1
- 3c3 est le coefficient de z2 dans le dse de
(z/f(z))3, cad le coefficient de z2 dans le
développement de
(1+2z2/3)3=1+3×2z2/3+...,
donc 3c3=2 et c3=2/3.
- 5c5 est le coefficient de z4 dans le dse de
(z/f(z))5, cad le coefficient de z4 dans le
développement de
(1+2z2/3-z4/45)5 :
- (1+2z2/3-z4/45)2=1+4z2/3+18z4/45+...
- (1+4z2/3+18z4/45)2=1+8z2/3+116z4/45+...
- et dans
(1+8z2/3+116z4/45)(1+2z2/3-z4/45)
le coefficient de z4 est 116/45+16/9-1/45=13/3 et donc
c5=13/15.
- 7c7 est le coefficient de z6 dans le dse de
(z/f(z))7, cad le coeffcient de z6 dans le développement
de
(1+2z2/3-z4/45-2z6/945)5
:
- (1+2z2/3-z4/45-2z6/945)3=1+2z2+19z4/15+38z6/189+...
- (1+2z2+19z4/15+38z6/189)2=1+4z2+98z4/15+5168z6/945+...
- et dans
(1+4z2+98z4/15+5168z6/945)(1+2z2/3-z4/45-2z6/945),
le coefficient de z6 est
5168/945+196/45-4/45-2/945=146/15 et
donc c7=146/105
Terminons par la preuve de
pour tout entier naturel k, :
xn=an-c1/an-c3/(an3)-...-c2k+1/an2k+1-e/an2k+1
avec limn->+∞ e=0.
e=S(1/an), avec
S(x)=c2k+3x2+c2k+5x4+... ; cette
série entière est évidemment convergente pour x=1/a1 (cf le
développement en série de x1-a1 en 1/a1), donc
S est continue en 0, donc sa limite en 0 est S(0)=0 et comme
limn->+∞1/an=0, limn->+∞
e=0.
Remarque : une autre façon d'obtenir les coefficients
c1, c3, c5, c7, en utilisant le
développement en série de arctan (voir début de la preuve ci-dessus).
On sait (cf ce qui précéde) que
xn=an-c1/an-c3/an3-c5/an5-c7/an7-e/an7
avec limn->+∞ e=0
En posant
t=(an-xn)/an, qui est dans ]0;1[, on obtient
t=c1/an2+c3/an4+c5/an6+c7/an8+e/an8.
Or
an=xn+arctan(1/xn)=xn+1/xn-1/(3xn3)+1/(5xnn)+...+(-1)k-1(1/((2k+3)xn2k+3))+Bk,n(1)/xn2k+5,
où
Bk,n(1)=(-1)k/(2k+5)+(-1)k+1/((2k+7)xn2)+....
On remarque que
|Bk,n(1)|≤(1/(2k+5))(1+1/xn2+1/xn4+1/xn6+....)=(1/(2k+5)(1-1/xn2),
puisque |1/xn|<1, d'où
|Bk,n(1)|≤16/(15(2k+5)), pour tout entier
naturel n non nul, puisque xn>4.
Dans toute la suite
Bk,n(i) désignera une fonction bornée par rapport à
n ;
Le cas particulier k=2 donne
an=xn+1/xn-1/(3xn3)+1/(5xn5)-1/(7xn7)+B2,n(1)/xn9,
soit
ant=1/xn-1/(3xn3)+1/(5xn5)-1/(7xn7)+B2,n(1)/xn9,
et en remplacant, dans le membre de droite xn par
(1-t)an, on obtient
c1/an+c3/an3+c5/an5+c7/an7+e/an7=(1/an)(1-t)-1-(1/(3an3))(1-t)-3+(1/(5an5))(1-t)-5-(1/(7an7))(1-t)-7+B2,n(2)/an9.
On remplace alors dans le membre de droite t par
c1/an2+c3/an4+c5/an6+c7/an8+e/an8,
et pour obtenir c1, c3, c5, c7, il
suffit de développer ce membre de droite jusqu'à l'ordre 7 (en 1/an)
et comme (1-t)-m est multiplié par
1/anm et que t est en 1/an2, il
suffit de développer, en t, (1-t)-m jusqu'à l'ordre (7-m)/2, et dans
chaque puissance de t de (1-t)-m, on ne garde que les puissances de
1/an inférieures ou égales à 7-m :
- (1-t)-1 donne 1+t+t2+t3 qui donne
1+(c1/an2+c3/an4+c5/an6)+(c12/an4+2c1c3/an6)+c13/an6
- (1-t)-3 donne 1+3t+6t2 qui donne
1+3(c1/an2+c3/an4)+6c12/an4
- (1-t)-5 donne 1+5t qui donne
1+5c1/an2
- (1-t)-7 donne 1 qui donne 1
Et on identifie :
- dans le membre de droite le coefficient de 1/an est 1, donc
c1=1
- dans le membre de droite le coefficient de 1/an3 est
c1-1/3=2/3 donc c3=2/3
- dans le membre de droite le coefficient de 1/an5 est
c3+c12-(1/3)×3c1+1/5=/3+1-1+1/5=13/15,
donc c5=13/15
- dans le membre de droite le coefficient de 1/an7 est
c5+2c1c3+c13-(1/3)(3c3+6c12)+(1/5)×5-1/7=146/105,
donc c7=146/105
[ 4 ]
xn est transcendant, c'est-à-dire il n'est pas algèbrique, cad
il n'est pas racine d'un polynôme à coefficients rationnels.
C'est une application du théorème de Baker :
si z (complexe) est non nul, z et ez ne sont pas tous les deux
algèbriques.
En effet, pour tout x réel,
e2ix=eix/e-ix=(1+itan(x))/(1-itan(x)) et donc
s'il existe x réel non nul solution de tan(x)=x qui soit algèbrique alors
(1+itan(x))/(1-itan(x))=(1+ix)/(1-ix) est algèbrique (l'ensemble
des nombres algèbriques est un corps), donc e2ix est algèbrique ;
mais 2ix est aussi algèbrique et non nul, d'où une contradiction grâce au
théorème de Baker.
[ 5 ]
Les zéros de la fonction de Bessel J3/2 sont les solutions
positives de (E)
Tout simplement parceque J3/2(x)=(2/(πx))1/2(sin(x)/x-cos(x)) ; c'est une solution de
l'équation différentielle (de Bessel)
y''+(1/x)y'+(1-k2/x2)y=0, avec k=3/2.
[ 6 ]
La série un=1/xn2, est convergente (donc
commutativement convergente, puisque à termes positifs) ; on notera
S=∑n≥1 1/xn2 sa somme.
En effet, la série un est à termes positifs et elle est majorée
par la série convergente 1/(nπ)2 (série de
Riemann).
On déduit d'ailleurs de cette majoration que S≤(1/π2)(1/12+1/22+1/32+...)=1/6.
Remarque : on trouvera dans la littérature de nombreuses preuves du
fait que zéta(2)=π2/6, notamment il existe
un document de Robin Chapman qui rassemble 14 preuves de ce résultat!
[ 7 ]
Une preuve "douteuse" de S=1/10
Là, ce n'est plus pareil : prouver que S=1/10 est beaucoup moins "facile"
que les démonstrations précédentes!
J'ai vu sur le web deux preuves utilisant le lemme ci-dessous
(indiscutable) :
Soit P le polynôme non constant
a0+a1X+...+anXn, avec
a0 non nul (donc il n'admet pas 0 comme racine).
Alors la somme
des inverses des racines (dans C) de P est égale à
-a1/a0. (cela se prouve facilement en considérant le
polynôme Q(X)=XnP(1/X)).
L'ensemble des solutions non nulles de (E) étant l'ensemble des solutions non
nulles de f(x)=0,
avec f(x)=cos(x)-sin(x)/x on développe en série entière f(x)
au voisinage de 0, cela à partir des développements de cos(x) et sin(x) :
f(x)=x2g(x), où
g(x)=c1+c2x2+c3x4+...,
avec ck=(-1)k2k/((2k+1)!). Le rayon de convergence de
cette série est infini.
Les solutions de g(x)=0 sont donc les solutions non
nulles de (E), donc les ±xn, pour n≥1.
Considérons alors la fonction
y->h(y)=c1+c2y+c3y2+... : elle
s'annulle pour les (xn)2, donc en appliquant le lemme
ci-dessus, la somme des inverses de ces (xn)2 est
-c2/c1=(2/6)/(4/120)=1/10 et "donc" S=1/10!
Mais évidemment il y a 2 impasses de taille :
- si les valeurs positives annulant h, ne peuvent être effectivement que les
(xn)2 (on pose y=x2), pourquoi n'y aurait-il
pas d'autres valeurs, dans C, annulant h (y, réel négatif, ne peut annuler h,
car alors h(y) est la somme d'une série dont tous les termes sont positifs et
donc h(y)<0)?
- h n'est évidemment pas un polynôme, et donc on ne peut, à priori, utiliser
le lemme ci-dessus (voir remarque ci-dessous).
Une tentative, pour
améliorer ce raisonnement est de considérer le polynôme
Pn(y)=c1+c2y+c3y2+...+cn+1yn
: le lemme permet effectivement de dire que la somme des inverses de ses n
racines (dans C) yi est 1/10.
"Resterait" à montrer que lorsque n
tend vers +infini, les yi "approximent" les
xn2...
Remarque
Il est facile de voir que si dans le lemme, on remplace
le polynôme P par la somme d'une série entière on arrive à des absurdités :
par exemple, pour tout z dans C,
exp(z)=1+z+z2/2!+z3/3!+..., et donc si on applique le
lemme, la somme des inverses des z (dans C) tels que exp(z)=0 serait -1, alors
qu'évidemment, une exponentielle n'est jamais nulle.
Autre exemple : la
fonction (1-2z)/(1-z)=1-z-z2-z3...( pour |z|<1),
aurait, si on applique le lemme, -(-1)/1=1 comme somme des inverses de ses
zéros, alors que la seule valeur (dans C) l'annulant est 1/2 ; on pourrait
m'objecter qu'il y a peut-être lieu de considérer le prolongement analytique de
cette fonction et de voir ce que donne alors le lemme...
[ 8 ]
Un résultat qui servira pour une preuve de S=1/10 :
Soit a un réel et (F) l'équation, dans C, tan(z)=az :
- si a≥1 ou a≤0, alors (F) n'a que des solutions réelles
- si 0<a<1, alors (F) posséde, outre des solutions réelles, deux
solutions non réelles qui sont imaginaires pures opposées
Là aussi, une simple représentation graphique permet de voir tout de suite
que (F) admet toujours une infinité de solutions réelles.
z=x+iy avec x et y réels : tan(z)= tan(x+iy)=sin(2x)/D+ish(2y)/D, avec
D=cos(2x)+ch(2y), pour (x,y)≠(π/2+kπ,0), seules valeurs pour lesquelles tan(z)
n'est pas défini.
Donc tan(z)=az équivaut à sin(2x)/D=ax et sh(2y)/D=ay
Si x et y ne sont pas nuls, ces deux conditions entraînent
sin(2x)/(2x)=sh(2y)/(2y).
Mais
- pour u non nul, sin(u)/u<1 (d(u)=sin(u)-u est strictement décroissante
sur R et d(0)=0)
- pour u non nul, sh(u)/u>1 (d(u)=sh(u)-u est strictement croissante sur
R et d(0)=0)
Donc si x et y sont non nuls, sin(2x)/(2x)<1 et
sh(2y)/(2y)>1 et on n'a pas sin(2x)/(2x)=sh(2y)/(2y), d'où
s'il existe
z tel que tan(z)=az alors x=0 (donc z est imaginaire pur) ou y=0 (z est
réel).
Réciproquement, on a déjà vu que tan(x)=ax admet effectivement des solutions
réelles (une infinité),
Mais l'équation (F) admet-elle des solutions
imaginaires pures, c'est-àdire, existe-t-il des réels y tels que tan(iy)=iay?
tan(iy)=sin(iy)/cos(iy)=(-1/i)sh(y)/ch(y)=ith(y), et donc tan(iy)=iay
équivaut à th(y)=ay. On pouvait aussi dire, en uilisant
l'équivalence ci-dessus, que tan(iy)=iay équivaut à sh(2y)/D=ay, soit
sh(2y)/(1+ch(2y))=ay, soit 2sh(y)ch(y)/(2(ch(y))2)=ay.
La
représentation graphique de x->th(x) (fonction strictement croissante sur R,
asymptotes y=-1 et y=1) et le fait que la pente à l'origine soit 1 (
th'(x)=1/ch2(x)) permet de voir tout de suite que cette
représentation graphique est toujours coupée par la droite y=ax au point (0,0),
mais si 0<a<1, et uniquement dans ce cas, il y a deux autres points
d'intersection, d'abscisses opposées, ce qui donne dans ce cas les deux
solutions imaginaires pures de l'équation tan(z)=az.
Remarque : l'équation, dans C, zsin(z)+cos(z)=0 n'a que des solution
réelles et aucune dans ]-π/2;π/2[.
Ce résultat est utilisé dans la preuve du [3], et pour l'établir on utilise
les idées ci-dessus.
Tout d'abord zsin(z)+cos(z)=0 => z ≠0 et cos(z)≠0 (car cos(z)=0 =>
zsin(z)=0 soit z=0 ou sin(z)=0, conditions toutes les deux incompatibles avec
cos(z)=0).
Donc zsin(z)+cos(z)=0 <=> tan(z)=-1/z, ce qui équivaut à
(cf ci-dessus) sin(2x)/D=-x/(x2+y2) et
sh(2y)/D=-y/(x2+y2), et ainsi, nécéssairement, si x et y
ne sont pas nuls, on retrouve la condition
sin(2x)/(2x)=sh(2y)/(2y), laquelle ne peut être vérifiée si x et y
sont non nuls (voir ci-dessus).
Donc nécessairement si z=x+iy est une
solution de zsin(z)+cos(z)=0, c'est que x=0 ou y=0 (pas tous les deux en même
temps, puisque z≠0).
Mais si y=0, l'équation s'écrit tan(x)=-1/x qui n'a pas
de solution dans ]-π/2;π/2[,
puisque membre de gauche et de droite sont de signes contraires (mais il y a des
solutions en dehors de cet intervalle : il suffit de faire un graphique pour
s'en convaincre).
et si x=0, l'équation s'écrit
sh(2y)/(1+ch(2y))=th(y)=-1/y, qui n'a pas de solution, puisque membre de gauche
et de droite sont de signes contraires pour tout y non nul.
Le résultat est
donc prouvé.
[ 9 ]
Une preuve, compléte (du moins j'espère) de S=1/10, par utilisation
du théorème des résidus appliqué à la fonction
z->sin(z)/(z(sin(z)-zcos(z))).
Rappelons l'énoncé de ce théorème :
Soit f une fonction holomorphe dans un ouvert O de C sauf en en des
points isolés qui sont des points singuliers pour f ; soit K un compact
(dont le bord F est régulier), ne contenant, qu'un nombre fini de ces
points singuliers z1,...zp, tous situés dans son intérieur
:
alors l'intégrale de f le long de F, prise dans le sens direct, est
égale à 2iπ(r1+....+rp), où
ri est le résidu du point singulier zi.
Note : le résidu en un point singulier s (pôle ou singularité
essentielle) est le coefficient de 1/(z-s) dans le développement de Laurent au
point s.
Posons f(z)=sin(z)/(z(sin(z)-zcos(z))) ; : c'est un quotient de
fonctions holomorphes sur C, donc elle est holomorphe sur C, excepté là où le
dénominateur est nul : ce dénominateur est nul pour z=0 ou sin(z)=zcos(z) ; mais
l'équation sin(z)=zcos(z) équivaut à tan(z)=z (car cos(z) ne peut être nul, car
sinon sin(z) serait aussi nul), dont les solutions sont uniquement les nombres
réels xn et -xn pour n≥1, cf le 1 et le 4, puisque par
ailleurs la fonction tan est impaire.
Donc f est holomorphe sur C, excepté en ses pôles qui sont, outre 0, les
xn et -xn pour n≥1.
Notons que pour cos(z) non
nul, f(z)=tan(z)/(z(tan(z)-z))=1/(tan(z)-z)+1/z.
Calcul des résidus.
- en 0 :
au voisinage de 0, f(z)=1/(tan(z)-z)+1/z.
Et comme au voisinage de 0,
tan(z)=z+z3/3+(2/15)z5+...,
1/(tan(z)-z)=(3/z3)(1/(1+(2/5)z2)+...)=(3/z3)(1-(2/5)z2+...)=3/z3-6/(5z)+k1z+k3z3+....,
(il ne peut y avoir de terme constant, puisque la fonction considérée est
impaire).
et f(z)=3/z3-1/(5z)+k1z+... (série de
Laurent au voisinage de 0 : 0 est donc pôle d'ordre 3), et donc le résidu
en 0, pôle d'ordre 3, est -1/5.
- en xn
au voisinage de xn, on a encore f(z)=1/(tan(z)-z)+1/z
xn est un pôle puisque limz->x_n f(z)=+∞ ;
cherchons alors la limite en xn de (z-xn)f(z), soit la
limite en xn de g(z)=(z-xn)/(tan(z)-z) : si cette limite
est finie, xn sera pôle simple de résidu cette limite.
En
notant ici xn=a (donc tan(a)=a),
et en posant z=a+h,
g(a+h)=h(1-a×tan(h))/((1+ah+a2)(tan(h))-h)=(1-a×tan(h))/(a2+ah+...)
et donc le résidu étant la limite de g(a+h) lorsque h tend vers
0, est égal à 1/a2 : xn est pôle simple et son
résidu est 1/xn2.
- en -xn
le calcul ci-dessus prouve qu'en fait le résidu en a
non nul et tel que cos(a) est non nul, est 1/a2 : le
résidu en -xn est 1/xn2
La somme de "tous" les résidus est donc -1/5+2S : il 's'agit donc de
montrer que cette somme est nulle.
Pour cela, pour N≥2, considérons le rectangle RN dont les
côtés sont paralléles aux axes : ceux paralléles à l'axe des abscisses sont
portés par les droites y=-N et y=N, ceux paralléles à l'axe des ordonnées sont
portés par les droites x=-Nπ et x=Nπ.
Notons FN sa frontière, cad l'union
des quatre côtés de RN.
L'application du théorème des résidus donne ( les pôles à l'intérieur
du rectangle RN sont uniquement 0 et les xn et
-xn situés entre -Nπ et Nπ, et on se rappelle que xn est entre nπ et
(n+1/2)π)
-1/5+2(1/x12+1/x22+...+1/xN-12)=IN/(2iπ),
IN étant l'intégrale de f le long de
FN, intégrale prise dans le sens direct,
c'est-à-dire
IN=∫ F_N f(z)dz
IN est la somme des quatres intégrales de f le long des quatres
côtés constituant FN :
IN=I1+I2+I3+I4
- soit I1 l'intégrale de f le long du côté d'abscisse Nπ :
sur ce côté z=Nπ+iy, avec
y dans [-N;N] ; donc cos(z) n'est pas nul, et on peut écrire
f(z)=1/(tan(z)-z)+1/z=tan(z)/(z(tan(z)-z))=ith(y)/((Nπ+iy)(-Nπ+i(th(y)-y)).
|f(z)|=|th(y)|/((N2π2+y2)1/2((N2π2+(th(y)-y)2)1/2≤1/(Nπ)(Nπ)=1/(Nπ)2.
Or la longueur de ce côté est 2N
(ordonnée de -N à N), donc |I1|≤2N/(Nπ)2=2/(Nπ2),
et donc limN->+∞ I1=0.
- Quant à I3 l'intégrale de f le long du côté d'abscisse -Nπ, c'est I1 car
I1=∫ -N N f(Nπ+iy)idy et I3=∫ N -N f(-Nπ+iy)idy, et en changeant y en - y dans I3, on
retrouve I1 puisque f est impaire. Donc
limN->+∞ I3=0
- soit I2 l'intégrale de f le long du côté d'ordonnée N :
sur
ce côté z=x+iN, avec x dans [-Nπ;Nπ] (en fait x décrit cet intervalle du + vers le -, mais
comme on va passer à la valeur absolue, cela n'a pas d'importance).
Là, la
majoration va être plus diffcile à mettre en place.
On peut encore écrire
f(z)=tan(z)/(z(tan(z)-z)).
tan(z)=sin(x+iN)/cos(x+iN)=(sin(x)ch(N)+icos(x)sh(N))/(cos(x)ch(N)-isin(x)sh(N)),
puisque sin(iN)=ish(N) et cos(iN)=ch(N).
En reportant cette valeur de
tan(z) dans f(z), puis en divisant numérateur et dénominateur par cosh(N) on
obtient :
f(z)=(sin(x)+icos(x)th(N))/((x+iN)T), avec
T=sin(x)-xcos(x)-Nsin(x)th(N)+i(cos(x)th(N)-Ncos(x)+xsin(x)th(N)).
Majorons, minorons
|sin(x)+icos(x)th(N)|≤1+1=2
|x+iN|>N
|T|2=N2(sin2(x)th2(N)+cos2(x))-2Nth(N)(sin2(x)-xcos(x)sin(x)+cos2(x)+xsin(x)cos(x))+(sin(x)-xcos(x))2+(cos(x)+xsin(x))2th2N,
|T|2=N2(th2(N)+cos2(x)(1-th2(N)))-2Nth(N)+(sin(x)-xcos(x))2+(cos(x)+xsin(x))2th2N
|T|2≥N2th2(N)-2Nth(N), quantité positive
pour N grand , puisque limN->+∞ th(N)=1 (en fait
c'est vérifié à partir de N=3). Ainsi
|f(z)|≤2/(N(N2th2(N)-2Nth(N))1/2), et la
longueur du côté considéré étant 2Nπ,
on a
|I2|≤4Nπ/(N(N2th2(N)-2Nth(N))1/2)=4π/(N2th2(N)-2Nth(N))1/2,
et donc limN->+∞ I2=0.
- Quant à I4 l'intégrale de f le long du côté d'ordonnée -N, on a
I4=I2 (tout comme I1=I3 : voir
plus haut) et donc limN->+∞ I4=0.
Finalement limN->+∞ IN=0+0+0+0=0, et ainsi
limN->+∞
-1/5+2(1/x12+1/x22+...+1/xN-12)=0,
soit limN->+∞
1/x12+1/x22+...+1/xN-12=1/10,
c'est-à-dire S=1/10.
Remarque : les majorations ci-dessus prouvent évidemment que
limN->+∞∫ F_N |f(z)|dz=0.
[ 10 ]
u étant un réel quelconque donné on considère l'équation (Eu)
tan(x)=ux, et on notera, pour n≥1, xn,u sa solution réelle dans
](n-1/2)π ; (n+1/2)π[ ;
bien entendu, xn,1=xn.
Il est clair (graphique...) que si u≤1, ces xn,u, pour n≥1, sont
toutes les solutions positives de (Eu) :
- si 0<u≤1, xn,u est dans ]nπ;(n+1/2)π[
- si u=0, xn,u=nπ
- si u<0, xn,u est dans ](n-1/2)π;nπ[
Par contre si u>1, alors l'ensemble des solutions positives de
(Eu) ne se limite pas à l'ensemble des xn,u, pour n≥1,
(xn,u est encore dans ]nπ;(n+1/2)π[) : il y a une autre solution positive x0,u
située dans ]0;π/2[.
On va démontrer ici que
si u≤0 ou si u>1,
la somme des inverses des carrés des solutions
positives de l'équation (Eu) tan(x)=ux est (3u-1)/(6(u-1)),
c'est-à-dire
- si u≤0, alors ∑n≥11/xn,u2=(3u-1)/(6(u-1))
- si u>1, alors
∑n≥01/xn,u2=(3u-1)/(6(u-1))
Le
lecteur aura tout de suite vérifié que la formule pour u=0 est effectivement
vraie (voir remarque du [6]), et qu'évidemment on ne peut faire u=1 dans cette
formule.
Pour prouver cela, je vais utiliser un ensemble de 4 résultats, regroupés
sous l'étiquette Sturm-Liouville (la méthode du [9] devrait pouvoir s'appliquer
en adaptant la fonction f, mais bon il faut varier les plaisirs...) : je me
contenterai d'énoncer ces résultats sans démonstration, mais quelques références
seront données.
Résultats sur Sturm-Liouville
- 1) Soit l'équation différentielle (sur [a;b]) y''-q(x)y=0, q
continue sur [a;b] et (h1, k1), (h2,
k2) deux couples de réels distincts de (0,0).
On se place dans un cas où cette équation différentielle admet deux
solutions u1 et u2 linéairement indépendantes telles que
- h1u1(a)+k1u'1(a)=0
- h2u2(b)+k2u'2(b)=0
Soit
d la constante
u1(x)u'2(x)-u'1(x)u2(x) et K(t,x)
la fonction (de Green) définie sur [a;b]×[a;b] par
K(t,x)=(-1/d)u1(min(x,t))u2(max(x,t)).
K est continue sur [a;b]×[a;b] et K(t,x)=K(x,t).
- 2) Soit f une fonction continue sur [a;b] :
| y vérifie, sur [a;b], y''-q(x)y=f(x)
et les 2 conditions
- h1y(a)+k1y'(a)=0
- h2y(b)+k2y'(b)=0
|
<=> |
y(x)=-∫ a b K(t,x)f(t)dt,
pour x dans [a;b] |
- 3) Soit H l'espace de Hilbert constitué des fonctions de [a;b] dans
R de carré sommable sur [a;b], muni du produit scalaire <f,g>=∫ a b f(t)g(t)dt.
L'opérateur U qui à f de H fait correspondre la fonction U(f) définie,
pour x dans [a;b], par U(f)(x)=∫ a b K(t,x)f(t)dt,
est un opérateur linéaire, compact, auto-adjoint de H dans H.
Rappelons
que compact signifie que l'image de la boule unité par U est précompacte (ou
relativement compacte, les deux choses étant équivalentes puisque H est un
complet) et qu'auto-adjoint signifie <f,U(g)>=
<U(f),g> pour tout f et g de H.
Il est facile de vérifier ce
dernier aspect, car, f et g étant dans H,
<f,U(g)>=∫ a b f(x)U(g)(x)dx=∫ a b ∫ a b K(t,x)g(t)f(x)dtdx,
et <U(f),g>=∫ a b U(f)(x)g(x)dx
=∫ a b ∫ a b K(t,x)f(t)g(x)dtdx=∫ a b ∫ a b K(x,t)f(x)g(t)dxdt
et comme K(t,x)=K(x,t), on a bien
<f,U(g)>=<U(f),g>.
Les valeurs propres de U sont non nulles, et elles sont caractérisées par
| r est valeur propre de U |
<=> |
il existe une fonction h de H, non nulle, telle que
- h''(x)+(1/r-q(x))h(x)=0, pour x dans [a;b]
- h1h(a)+k1h'(a)=0
- h2h(b)+k2h'(b)=0
(h sera alors un vecteur propre associé à la valeur propre r).
|
Remarque : le 3) est une conséquence immédiate du 2).
Note : pour 1), 2), 3) voir l'ouvrage Eléments d'analyse, Fondements
de l'analyse moderne de J.Dieudonné (chapitre 11, du moins pour mon édition de
1972) et le Cours de mathématiques, tome III, de J.Bass (4ième partie, du
moins pour mon édition de 1971) ;
- 4) Soit U un opérateur de H dans H linéaire, compact et
auto-adjoint :
- 1) ses valeurs propres, ri, sont réelles, tout espace propre
est de dimension finie, les espaces propres correspondant à deux valeurs
propres distinctes sont orthogonaux, et on peut ordonner les valeurs propres
ansi :
|r1|≥|r2|.... et la suite ri
converge vers 0.
- 2) Soit B une base orthonormée de H : e1,
e2,....
Soit A la "matrice" représentant U dans cette base :
ai,j=<U(ej),ei>.
- Si la série double ai,j2 converge, de somme
T2, alors la série ri2 converge et sa
somme est aussi T2.
- Si la série ai,i converge, de somme T1, et si
toutes les valeurs propres sont de même signe alors la série ri
converge et sa somme est aussi T1 : c'est-à-dire,
trace(A)=la somme des valeurs propres.
Remarque 1 : les valeurs propres étant de même signe on peut
utiliser le fait qu'une série double à termes positifs est, lorsqu'elle
converge, commutativement convergente.
Remarque 2 : dans le cas où U est de la forme définie au 3),
alors,
Application de ces quatre
résultats :
- on prend [a;b]=[0;1], q(x)=0, h1=1, k1=u,
h2=1, k2=0.
Donc les ui, sont des fonctions affines et on trouve toute de
suite, à des constantes multiplicatives près que
- u1(x)=x-u, u2=x-1 : elles seront indépendantes si et
seulement si
d(x)=u1(x)u'2(x)-u'1(x)u2(x)=-u+1
est non nul, soit si et seulement si u est distinct de 1, ce que l'on
supposera dans toute la suite.
On a alors d=-u+1.
Puis la fonction K est définie par
si 0≤x≤t≤1, K(t,x)=(t-1)(x-u)/(u-1)
si 0≤t≤x≤1, K(t,x)=(x-1)(t-u)/(u-1)
- U est donc l'opérateur de H dans H transformant la fonction f en la
fonction U(f) définie par U(f)(x)=∫ 0 1 K(t,x)f(t)dt
- Il s'agit maintenant de trouver les valeurs propres de U (c'est là que
l'équation tan(x)=ux va apparaître).
D'après le résultat n°3 de Sturm-Liouville,
r est valeur propre de U
équivaut à r non nulle et il existe une fonction h non nulle telle que
h''+h/r=0 (sur [0;1]) et h(0)+uh'(0)=0 et h(1)=0.
A priori, il faut envisager deux cas : r<0 et r>0.
- si r<0
r=-1/t2 avec t>0, donc h"-t2h=0,
h(x)=ach(tx)+bsh(tx) et les conditions aux bornes donnent le systéme
d'inconnue (a,b)
a+utb=0
ach(t)+bsh(t)=0 Ce systéme aura une solution non
triviale si et seulement si son déterminant est nul soit sh(t)-utch(t)=0,
donc (la fonction ch n'est jamais nulle sur R) si et seulement si
th(t)=ut.
On voit clairement en utilisant la représentation
graphique de la fonction impaire th (la pente de la tangente à l'origine est
1, et la courbe, pour les abscisses positives est sous cette tangente) que
si u ≤0 ou si u≥1 , la seule solution de th(t)=ut est t=0, qui ne peut
convenir, par contre si 0<u<1, l'équation th(t)=ut admet deux
solutions opposés; t0 et -t0 et donc, U admet une
valeur propre négative r0=-1/t02.
- si r>0
r=1/t2 avec t>0, donc h"+t2h=0,
h(x)=acos(tx)+bsin(tx) et les conditions aux bornes donnent le systéme
d'inconnue (a,b)
a+utb=0
acos(t)+bsin(t)=0 Ce systéme aura une solution non
triviale si et seulement si son déterminant est nul soit sin(t)-utcos(t)=0,
donc (cos(t) ne peut être nul car alors sin(t) serait aussi nul) si et
seulement si tan(t)=ut.
Donc les valeurs propres
positives de U sont les inverses des carré des solutions positives de
l'équation (Eu) tan(t)=ut.
En conclusion
- si u ≤0 ou si u>1
les valeurs propres de U sont toutes positives : ce sont les inverses des
carrés des solutions positives de l'équation (Eu) tan(x)=ux
- si 0<u<1
outre les valeurs propres positives ci-dessus, U admet une valeur propre
négative -1/t02, avec t0, la solution
positive de th(x)=ux.
- Dans le cas u≤0 ou u>1, toutes les valeurs propres de u étant de même
signe on va utiliser le résultat du n°4 de Sturm-Liouville suivant : la somme
des valeurs propres de U est la trace d'une représentation matricielle
A=(ai,j), sous réserve que la série ai,i converge.
- on prend comme base orthonormée de H, les fonctions
en=21/2sin(nπx), pour n≥1
- U(en)(x)=∫ 0 1 K(t,x)en(t)dt=∫ 0 x ((t-u)(x-1)21/2sin(nπt)/(u-1))dt+∫ x 1 ((u-1)(x-u)21/2sin(nπt)/(u-1))dt.
Après calculs ... on trouve
U(en)(x)=en(x)/(nπ)2-21/2u(x-1)/(n(u-1)π)
- an,n=<U(en),en>=∫ 0 1 U(en)(x)en(x)dx=(1/nπ)2∫ 0 1 en2(x)dx-(21/2u/(n(u-1)π))∫ 0 1 (x-1)21/2sin(nπx)dx.
Après calculs ... on trouve
an,n=(1/nπ)2(3u-1)/(u-1).
La série an,n est donc convergente, et
trace(A)=(3u-1)/(6(u-1)), cf zéta(2)=π2/6, et ainsi la somme des valeurs propres
de U est (3u-1)/(6(u-1)).
Remarque : le lecteur peut vérifier que ∫ 0 1 K(t,t)dt=(3u-1)/(6(u-1))
: voir remarque 2 du n°4 de Sturm-Liouville.
Finalement on a prouvé que si u≤0 ou si u>1, alors la somme des
inverses des carrés des solutions positives de l'équation (Eu)
tan(x)=ux est (3u-1)/(6(u-1)), ce qui prouve le résultat annoncé.
[ 11 ] Une 2ième preuve de S=1/10, par utilisation
du [10], c'est-à-dire par utilisation de Sturm-Liouville.
Le lecteur aura évidemment remarqué que le résultat obtenu au [10] sur la
somme des carrés des inverses des solutions positives de l'équation tan(x)=ux
ayant été obtenu pour u≤0 ou u>1, on ne peut pas l'appliquer dans le cas u=1
; d'ailleurs on obtiendrait tout de suite une impossibilité cf la division par
u-1.
Par contre on va regarder ce qui se passe lorsque u tend vers 1 par
valeurs supérieures.
- n étant fixé (≥1), sur ]0;+∞[ la fonction u->xn,u est
continue (voir début du [10] pour la définition de xn,u).
En étudiant le sens de variation de d(x)=tan(x)-ux sur ]nπ;(n+1/2)π[ (si u≤1, d est
croissante, si u>1, d est d'abord décroissante puis croissante et d(nπ)=-unπ<0), on voit tout de
suite que d(x) est d'abord négatif, puis s'annule pour xn,u, puis
est positif.
Donc si v>u>0, alors
tan(xn,v)=vxn,v>uxn,v, donc
xn,v>xn,u.
Le théorème de la limite monotone
permet alors de dire que la fonction u->xn,u est continue sur
]0;+∞[.
- Sur ]0;+∞[, la fonction T :
u->∑n≥1 1/xn,u2 est continue.
Cela résulte de la continuité sur ]0;+∞[, de chaque fonction
u->1/xn,u2, et du fait que la série
1/xn,u2 converge normalement sur ]0;+∞[, puisqu'elle est
majorée par la série 1/(nπ)2.
- S=1/10
Comme limu->1+ T(u)=T(1) et que T(1)=S, il s'agit de
prouver que limu->1+ T(u)=1/10.
Pour u>1, cf le [10],
T(u)=(3u-1)/(6(u-1))-1/x0,u2, avec x0,u la
solution de tan(x)=ux dans ]0;π/2[ ; tout la
difficulté va être ici de préciser le comportement de x0,u lorsque
u tend vers 1+ : graphiquement on voit bien que x0,u
tend alors vers 0, mais de quelle façon?
Dans tout ce qui suit, pour des raisons de commodité pour la frappe en
html, x0,u, la solution de tan(x)=ux dans ]0;π/2[ sera notée s.
Pour u proche de 1, à savoir
pour 1<u<4/π<π/2,
on a π/4<1/u<1<π/2,
donc tant(1/u)>1=u×1/u, et donc s<1/u (cf d(x)=tan(x)-x<0 pour
0<x<s et d(x)>0 pour s<x<π/2).
s
étant dans ]0;π/2[, on a s=arctan(us), et comme
|us|=us<1, on peut utiliser le développement en série entière de arctan
(voir le [3]) :
s=us-(1/3)us+(1/5)(us)5-(1/7)(us)7+...,
soit 1-u=u3s2F(u), avec
F(u)=-1/3+(1/5)(us)2-(1/7)(us)4+....
F(u) est la somme d'une série alternée qui vérifie le "critère" (c'est
l'intérêt d'utiliser arctan) et donc
-1/3+(1/5)(us)2-(1/7)(us)4<F(u)<-1/3+(1/5)(us)2<-2/15.
D'où, 1ière chose, |F(u)|>2/15, ce qui donne
|1-u|/(u3s2)>2/15, puis
(us)2<15|1-u|/(2u), d'où
limu->1+us=0, et donc, ce qui était attendu,
limu->1+s=limu->1+(1/u)us=1×0=0.
Et maintenant de l'encadrement de F(u) on peut en déduire que
F(u)/(-1/3+(1/5)(us)2) tend vers 1 lorsque u tend 1+,
donc (1-u)/(s2(-1/3+(1/5)(us)2)) est aussi équivalent à
1, c'est-à-dire s2(-1/3+(1/5)(us)2)=(1-u)(1+e)
avec limu->1+e=0, ce qui permet de voir que
limu->1+s2/(u-1)=3 ; on retrouve évidemment
limu->1+s=0.
Cette dernière limite aurait pu s'obtenir avec
un encadrement de F(u) moins précis que celui ci-dessus, mais, seule, cette
limite est insuffisante pour pouvoir conclure.
Pour arriver à conclure, on
va considérer, pour u proche de 1+, la relation
s2(-1/3+(1/5)(us)2)=(1-u)(1+e) comme une équation du
second degré en Z=1/s2 : en effet, cette relation s'écrit
(1-u)(1+e)Z2+Z/3-u2/5=0, ce qui donne, le
discriminant 1/9+4u2(1-u)(1+e)/5 étant positif pour u
proche de 1+, deux possibilités pour Z :
Z=(-1/3+(1/3)(1+36u2(1-u)(1+e)/5)1/2)/(2(1-u)(1+e))
ou
Z=(-1/3-(1/3)(1+36u2(1-u)(1+e)/5)1/2)/(2(1-u)(1+e)),
qui sont de même signe, leur produit étant
-u2/(5(1-u)(1+e)), et pour u suffisamment proche de
1+, 1+e sera positif.
La 1ière possibilité n'est pas acceptable
car en développant en série entière la racine carrée ( (1+x)1/2
=1+(1/2)x+(1/2)(1/2-1)x2/2+..., pour |x|<1), on
voit que lorsque u tend vers 1+, cette possibilité tend vers
(1/3)(18/5)/2=3/5, alors que Z doit tendre vers l'infini.
Donc, pour u suffisamment proche de 1+, on a toujours
Z=(-1/3-(1/3)(1+36u2(1-u)(1+e)/5)1/2)/(2(1-u)(1+e)).
Et en développant en série entière la racine carrée, on obtient
Z=(-2/3-6u2(1-u)(1+e)/5+(1-u)2K1(u))/(2(1-u)(1+e)),
où K1 est une fonction ayant une limite finie en 1+.
Soit Z=[1/(3(u-1))](1-1+1/(1+e))-(3/5)u2+(1-u)K2(u),
avec K2 une (autre) fonction ayant une limite finie en
1+, ce qui donne
Z=1/(3(u-1))-e'/(3(u-1))-(3/5)u2+(1-u)K2(u), avec
e'=e/(1+e)
Malheureusement pour conclure, il nous faut la limite de
e'/(u-1), cad la limite de e/(u-1) : l'encadrement trouvé plus haut de F(u) va
nous permettre de montrer que cette limite est -3.
En effet, de cet
encadrement de F(u) on tire
1-(1/7)(us)4/(-1/3+(1/5)(us)2)>F(u)/(-1/3+(1/5)(us)2)>1,
soit,
puisque F(u)=(1-u)/(u3s2) et
-1/3+(1/5)(us)2=(1-u)(1+e)/s2,
1-(1/7)(us)4/(-1/3+(1/5)(us)2)>1/(u3(1+e))>1.
L'inégalité de droite donne (1+e est positif pour u suffisamment proche de
1+) eu3<1-u3, soit,
e/(1-u)>(1+u+u2)/u3, et celle de gauche
donne
(u3(1+e)-1)/(u3(1+e))>(1/7)(us)4/(-1/3+(1/5)(us)2),
soit
e/(1+e)>(1-u3)/(u3(1+e))+(1/7)(us)4/(-1/3+(1/5)(us)2),
et en divisant tout par 1-u et en multipliant par 1+e, on obtient
l'encadrement suivant de e/(1-u) :
(1+u+u2)/u3<e/(1-u)<(1+u+u2)/u3+(1/7)(1+e)((us)4/(1-u))/(-1/3+(1/5)(us)2).
Comme on a vu plus haut que limu->1+ s=0 et
limu->1+s2/(u-1)=3 , on
limu->1+s4(1-u)=0, et ainsi, par le théorème des
"gendarmes", limu->1+e/(1-u)=3, ce qui donne
limu->1+e'/(u-1)=-3.
Et comme, pour u>1,
T(u)=(3u-1)/(6(u-1))-1/s2=(3u-1)/(6(u-1))-1/(3(u-1))+e'/(3(u-1))+(3/5)u2-(1-u)K2(u),
on obtient T(u)=1/2+e'/(3(u-1))+(3/5)u2-(1-u)K2(u), et
ainsi limu->1+T(u)=1/2-1+3/5+0=1/10. Cqfd
[ 12 ]
Les xn, pour n≥1, étant toujours les solutions positives de
l'équation (E) tan(x)=x, on a
rien
de nouveau car il s'agit évidemment de la somme S étudiée précédemment.
S4=∑n≥1 1/xn4=1/350
S6=∑n≥1 1/xn6=1/7875
S8=∑n≥1 1/xn8=37/6063750
S10=∑n≥1 1/xn10=59/197071875
Ces résultats sont attribués à Rayleigh en 1874.
Ils se prouvent très simplement en reprenant la méthode du [9],
et cela
va d'ailleurs permettre de donner en fait la formule générale suivante :
S2n=(-1/2)×le résidu en 0 de f(z)/z2n-2, f étant
la fonction définie au [9], cad f(z)=sin(z)/(z(sin(z)-zcos(z))),
laquelle vérifie f(z)=1/(tan(z)-z)+1/z pour cos(z) non nul.
On
a vu que ses pôles sont 0 de résidu -1/5 et, pour n≥1, les xn et
-xn, chacun de résidu 1/xn2.
Si on divise f par z2, ses pôles sont inchangés :
- 0 devient d'ordre 5, de résidu r0,2, que l'on précisera plus
loin
- xn et -xn restent simples et ont chacun comme résidu
1/xn4, puisque
limz->x_n (z-xn)(f(z)/z2)=limz->x_n(1/z2) ×limz->x_n(z-xn)f(z)=(1/xn2)×(1/xn2)=1/xn4,
et la même chose pour
limz->-x_n (z+xn)(f(z)/z2).
En utilisant le même contour que celui du [9], on obtient
r0,2+2(1/x14+1/x24+...+1/xN-14)=IN,2/(2iπ)
IN,2 étant l'intégrale de
f(z)/z2 le long de FN, intégrale prise dans le sens
direct.
Or sur FN, |z|=|Nπ+iy| ou |x+iN|, donc |z|≥N, et ainsi
|IN,2|≤(1/N2)∫ F_N |f(z)|dz ; comme
on a prouvé (voir remarque à la fin du [9]) que ∫ F_N |f(z)|dz a pour
limite 0 lorsque N tend vers +∞, il en est de même pour IN,2 (la
convergence vers 0 est même plus rapide), et ainsi
r0,2+2S4=0, et donc S4 est
l'opposé de la moitié du résidu en 0 de f(z)/z2, tout comme
S2=S est l'opposé de la moitié du résidu en 0 de f(z)!
Il ne reste plus qu'à chercher le résidu r0,2 en 0 de
f(z)/z2, qui est le coefficient de 1/z dans le développement en série
de Laurent au voisinage de 0 de f(z)/z2.
Pour cela on a besoin du développement en série de Laurent au voisinage de 0
de f(z) : c'est celui de 1/(tan(z)-z)+1/z) dont le début du
développement a été vu au [9] pour trouver le résidu en 0 de f, mais là, il faut
aller plus loin.
Grâce à Maple je trouve
f(z)=3/z3-1/(5z)-(1/175)z-(2/7875)z3-(37/3031875)z5-(118/197071875)z7+...
.
D'où r0,2=-1/175 et S4=(-1/2)×(-1/175)=1/350.
Et pour les autres sommes on procéde de la même façon en considérant
successivement f(z)/z4, f(z)/z6....
En fait, pour n≥1, S2n=(-1/2)×le résidu en 0 de
f(z)/z2n-2, ce qui rend beaucoup moins "mystérieux" le résultat
de Rayleigh.
Remarque : et si on divise f(z) par z, que se passe-t-il?
Dans ce
cas, il n'y a pas de terme en 1/z dans le développement en série de Laurent de
f(z)/z, donc le résidu en 0 est 0, et en fait les résidus de xn et de
-xn, cette fois ne sont pas égaux mais opposés
(1/xn3 et -1/xn3), et donc on
obtient 0+0=IN,1/(2iπ),
IN,1 étant l'intégrale de f(z)/z le long de FN, ce
qui donne aucune information sur ∑n≥1
1/xn3.
Evidemment, on peut vérifier
qu'effectivement IN,1=0 : cela vient du fait que g(z)=f(z)/z est
alors paire, et que l'intégration de g le long de FN se fait
toujours dans le même sens (direct), ainsi les intégrales sur deux côtés opposés
de FN sont opposées (alors que pour f(z)/z2n-2,
elles sont égales, la fonction étant alors impaire).
Par exemple, les
intégrales ∫ Nπ -Nπ g(x+iN)dx et ∫ -Nπ Nπ g(x-iN)dx sont opposées (changer x en -x dans la
2ième).